2025 – Année 10

Si l’Agenda 2030 fixe le cap d’institutions efficaces et transparentes (cible 16.6), l’évaluation des politiques publiques en constitue la boussole. Le rapport 2025 souligne une stagnation de la qualité de la gouvernance, largement due à un déficit de redevabilité de l’action publique.

Dix ans après l’adoption de l’Agenda 2030, le rapport 2025 de l’ONU sur les objectifs de développement durable (10e édition) dresse un bilan sévère. Seules 35 % des cibles sont en bonne voie ou enregistrent des progrès modérés, près de la moitié avancent trop lentement et 18 % ont régressé sous leur niveau de 2015. Le Secrétaire général António Guterres parle d’une « urgence du développement ».

Les facteurs de blocage se cumulent : multiplication des conflits, creusement des inégalités, accélération de la crise climatique et recul du financement. L’aide publique au développement a baissé de 7,1 %, et le service de la dette des pays en développement atteint un niveau record de 1 400 milliards de dollars, réduisant d’autant les marges budgétaires. À la fin de 2024, 123,2 millions de personnes étaient déplacées de force, un record.

L’ODD 16 figure parmi les objectifs les plus en retard : aucune de ses cibles n’est en bonne voie et 15 % d’entre elles régressent. L’année 2025 a aussi été marquée par un affaiblissement du multilatéralisme et par des frappes interétatiques directes, qui interrogent le respect de la lettre et de l’esprit de la Charte des Nations Unies.

Objectif 16

Cible 16.1

La violence armée a continué de faire des ravages. En 2024, près de 50 000 personnes ont perdu la vie dans des conflits, soit une toutes les douze minutes, les femmes et les enfants étant les plus touchés. Entre 2023 et 2024, plus de 21 000 femmes et près de 17 000 enfants ont été tués, l’essentiel à Gaza. Le taux d’homicide mondial a reculé de 12 % entre 2015 et 2023, mais reste très loin de l’objectif d’une réduction de moitié d’ici 2030. La baisse du taux d’homicide féminin (5 %) demeure trois fois plus faible que celle des hommes (14 %).

Cible 16.3

L’accès à la justice reste hors de portée pour beaucoup : une personne détenue sur trois dans le monde l’est sans avoir été condamnée.

Cible 16.5

Les progrès contre la corruption sont lents. La part de la population ayant versé un pot-de-vin n’a reculé que de 1,3 point en treize ans, passant de 18,3 % en 2010 à 17 % en 2023.

Cible 16.10

En 2024, 82 journalistes ont été tués, le chiffre le plus élevé depuis plus de dix ans, dont plus de 60 % en zone de conflit. Au total, au moins 502 défenseurs des droits humains, journalistes et syndicalistes ont été tués dans 44 pays. Selon le rapport conjoint, un journaliste, un défenseur des droits ou un syndicaliste est tué ou disparaît toutes les quatorze heures.

Signaux positifs (cibles 16.9 et 16.a)

Quelques avancées subsistent : plus de 500 millions d’enfants ont vu leur naissance enregistrée ces cinq dernières années, des lois garantissant l’accès à l’information existent désormais dans 139 pays (contre 14 en 1990), et 114 pays disposent d’institutions nationales des droits de l’homme conformes aux Principes de Paris.

Source : Rapport 2025 sur les objectifs de développement durable, Objectif 16, Nations Unies, et la synthèse du Global Progress Report on SDG 16, PNUD, HCDH et ONUDC.

Les événements géopolitiques de 2025 en lien avec l’ODD 16

  • Guerre civile au Soudan : le conflit entre l’armée et les Forces de soutien rapide est devenu la première crise humanitaire mondiale, avec des conditions de famine au Darfour et des déplacements massifs. Cibles 16.1 et 16.a.
  • République démocratique du Congo et M23 : le mouvement M23 s’est emparé de Goma en janvier puis de Bukavu en février 2025, avant un cadre de paix entre la RDC et le Rwanda négocié à Washington à l’été. Cibles 16.1 et 16.3.
  • Cessez-le-feu à Gaza : négocié par les États-Unis, l’Égypte et le Qatar à l’automne 2025 et entériné par le Conseil de sécurité en octobre, il a fait taire l’essentiel des combats sans régler la gouvernance de l’enclave, dévastée (plus de 70 000 morts selon les autorités locales), ni faire cesser toutes les violences. La procédure devant la Cour internationale de justice se poursuit. Cibles 16.1, 16.3 et 16.a.
  • Guerre de douze jours entre Israël et l’Iran (juin 2025) : des frappes israéliennes sur l’Iran à partir du 13 juin, suivies de frappes américaines sur des sites nucléaires iraniens le 22 juin, ont illustré le recours à la force interétatique directe, en tension avec la Charte des Nations Unies. Cible 16.1.
  • Transition en Syrie : un an après la chute du régime, le nouveau gouvernement dirigé par Ahmed al-Charaa cherche à stabiliser le pays, sur fond de tensions ethniques et sécuritaires, tandis que les sanctions américaines ont été levées en mai. Cibles 16.6 et 16.7.
  • Recul du multilatéralisme et coupes dans l’aide : le retrait des États-Unis de plusieurs cadres internationaux et le démantèlement de leur agence d’aide au développement ont accentué la baisse du financement, alors même que la coopération est indispensable à l’ODD 16. Cibles 16.8 et 17.
  • Guerre en Ukraine : le conflit s’est poursuivi, avec une montée des tensions entre la Russie et les pays de l’OTAN. Cible 16.1.

Critères d’évaluation de l’ODD 16

Cohérence externe : l’adoption du Pacte pour l’avenir et le rôle catalyseur reconnu à l’ODD 16 contrastent avec le repli de grands bailleurs et l’affaiblissement des cadres multilatéraux, qui fragilisent la coordination internationale.

Cohérence interne : l’écart persiste entre les engagements et les actes. Des États promeuvent la paix et l’état de droit sur la scène internationale tout en restreignant l’espace civique sur leur territoire.

Intensité : le volume d’actions reste insuffisant, et la contraction de l’aide publique au développement réduit encore les moyens, à cinq ans de l’échéance.

Qualité des données : les outils de suivi progressent (plateformes de données du HCDH, indicateurs sur les conflits et les atteintes aux libertés), mais des lacunes méthodologiques subsistent, notamment sur la corruption et l’accès à la justice.

Couverture : les populations en zone de conflit et les groupes marginalisés restent les moins bien atteints par les dispositifs, alors qu’ils concentrent les besoins.

Adaptation au changement climatique : le lien entre gouvernance et résilience climatique est de mieux en mieux reconnu, mais son intégration concrète dans l’ODD 16 demeure marginale.

Événements ODD 16 de 2025

  • Conférence sur l’ODD 16 (12 mai 2025, New York) : sixième édition, sur le thème « Faire progresser la paix, la justice et les institutions au service du développement durable », organisée par la Mission permanente de l’Italie, le Département des affaires économiques et sociales de l’ONU (DAES) et l’Organisation internationale de droit du développement (IDLO), dans le cadre du 80e anniversaire des Nations Unies. Elle a donné lieu à la Déclaration de la société civile de Rome 2025 sur l’ODD 16+.
  • Forum politique de haut niveau (14 au 23 juillet 2025, New York) : examen approfondi des ODD 3, 5, 8, 14 et 17. L’ODD 16 n’a pas fait l’objet d’un examen approfondi cette année, son dernier examen remontant à 2024.

La France en 2025

Les indicateurs nationaux de suivi de l’ODD 16 (INSEE) éclairent la situation française, mesurée selon des conventions propres et donc non directement comparable aux données mondiales ci-dessus.

Homicides : après un point bas en 2020 (692), le nombre d’homicides enregistrés est reparti à la hausse, à 822 en 2022, 887 en 2023 et 882 en 2024. Des ruptures de série en 2016 et 2020 limitent la comparaison sur longue période, mais la tendance récente est nettement orientée à la hausse (source SSMSI).

Détention provisoire : la part des personnes prévenues parmi les détenus s’établit autour de 26 à 27 % ces dernières années (26,7 % en 2025, valeur provisoire), soit un niveau un peu inférieur à la moyenne mondiale de 31 % (source Direction de l’administration pénitentiaire).

Violences subies : dans l’enquête la plus récente, 1,7 % des adultes se déclarent victimes de violences physiques ou sexuelles en 2023. Un changement d’enquête en 2021 (passage de Cadre de vie et sécurité à Vécu et ressenti en matière de sécurité) interdit toute comparaison avec les chiffres antérieurs (source Insee, SSMSI).

Confiance dans les institutions : en 2024, les Français déclarent faire confiance à l’hôpital (76 %), à l’armée (74 %), à la police (71 %) et à l’école (68 %), mais la justice arrive loin derrière, à 44 %. Ce niveau est resté bloqué entre 44 et 48 % depuis plus de dix ans, ce qui constitue un signal préoccupant pour des institutions efficaces et dignes de confiance, au cœur de l’ODD 16 (source INSEE, indicateur 16.i4).

Source : Indicateurs nationaux de suivi des objectifs de développement durable, liste nationale 2025, INSEE.

Sources

Pour aller plus loin